En janvier 2026, l’indice des prix fait peau neuve !
Tous les dix ans, en France comme en Europe, l’indice des prix à la consommation fait l’objet d’un « rebasage » ou « changement de base » : à compter de janvier 2026, les indices sont désormais présentés en moyenne 100 en 2025, alors qu’ils l’étaient en base 2015 depuis dix ans. C’est aussi et surtout l’occasion pour l’Insee d’adopter la nouvelle nomenclature européenne des fonctions de consommation et de s’adapter aux nouvelles façons de consommer, en suivant par exemple plus de prix sur internet. La collecte d’information se modernise en continu : ainsi, en 2026, les prix dans l’hôtellerie seront établis grâce aux relevés « moissonnés » sur des plateformes de réservation hôtelière.
L’indice des prix à la consommation (IPC) et l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) mesurent chaque mois l’évolution des prix sur la quasi-totalité du champ de la consommation des ménages. Le premier correspond à l’indice produit historiquement par l’Insee, dont les concepts sont comparables depuis plusieurs décennies, et auquel la plupart des textes réglementaires et législatifs font référence. Il est l’héritier de plusieurs générations d’indices des prix dont le premier remonte à 1914. Le second s’appuie sur des concepts qui ont été harmonisés au plan européen [Union européenne, 2016 ; Daubaire, 2022]. Il est issu de l’indice harmonisé mis en place pour la mise en œuvre des critères de convergence du traité de Maastricht et désormais régi par un règlement européen adopté en 2016. Les indices d’un mois donné sont diffusés dès la fin du mois dans une version provisoire et pour le 15 du mois suivant sous forme définitive. Les moyennes annuelles sont également diffusées.
L’IPC comme l’IPCH sous leur forme actuelle remontent à janvier 2016, avec l’adoption de la « base 2015 », c’est-à-dire de l’année 2015 comme année de référence. Depuis cette date, chaque série était ramenée à 100 en 2015 (en moyenne sur l’année). C’est la classification des fonctions de consommation européenne, 1re version (eCOICOPv1) qui était utilisée pour définir les séries de prix mesurées et publiées. Or, le règlement européen relatif aux indices de prix à la consommation harmonisés prévoit que l’IPCH doit être « rebasé » tous les 10 ans ou en cas de changement méthodologique d’ampleur. En ce mois de février 2026, pour la publication des indices du mois de janvier 2026, l’Insee comme tous les autres instituts nationaux de statistique européens et Eurostat basculent donc à la « base 2025 » : les indices sont désormais exprimés en moyenne 100 en 2025 (figure 1) et utilisent la nouvelle classification européenne des fonctions de consommation, 2e version (eCOICOPv2). Cette nouvelle nomenclature est cohérente avec la nomenclature internationale des fonctions de consommation la plus récente établie au plan onusien : la COICOP 2018.
Figure 1 – Indice des prix de l’alimentation en fonction de la base choisie

Source : Insee, indice des prix à la consommation
Une nouvelle nomenclature des fonctions de consommation
L’IPC et l’IPCH ne sont pas bouleversés : leur champ et les concepts utilisés demeurent les mêmes, de manière cohérente dans le temps pour mesurer des évolutions. Il s’agit de la consommation « monétaire », qui donne lieu à des paiements et donc à un prix observable. Ainsi, les loyers payés par les locataires sont inclus mais les aux propriétaires occupants et, plus largement, l’autoconsommation sont exclus. Ces indices ne concernent pas non plus l’investissement ou les achats d’actifs : l’achat de logements n’y figure donc pas [Ourliac, 2020]. L’évolution du prix des logements est suivie par d’autres statistiques. Quelques produits consommés sont exclus par le règlement européen car le degré d’harmonisation méthodologique est jugé insuffisant : assurance-vie, services d’intermédiation financière indirectement mesurés (Sifim). Un changement est à signaler de ce point de vue : les jeux de hasard, qui figuraient déjà dans l’IPC, sont désormais inclus également dans l’IPCH.
Les nouvelles séries tiennent compte en revanche d’une nouvelle nomenclature de fonctions de consommation. Ce type de nomenclature reflète l’usage qui est fait des produits par les ménages plutôt que les branches d’activité par lesquelles ils sont fabriqués ou fournis. Par exemple, les « chaussures en cuir ou en textile » se répartissent en deux fonctions de consommation : les « chaussures diverses » portées au quotidien et les « articles de sport ».
La nomenclature des fonctions de consommation importe avant tout pour les utilisateurs des statistiques. Elle définit les niveaux les plus détaillés pour lesquels ils disposeront, pendant une dizaine d’années, d’une mesure de l’évolution des prix (figure 2). Elle est structurante également pour les statisticiens. Ils s’y réfèrent, chaque année, lorsqu’il s’agit de constituer le « panier » de l’IPC. L’Insee doit mesurer l’évolution des prix pour chaque poste. Il définit donc chaque année les types de produits à suivre (les « variétés »), selon les évolutions de la consommation, pour mesurer les prix avec le degré de qualité statistique requis [Insee-Datagora, 2022]. Ainsi, 298 séries détaillées sont publiées chaque mois et 440 séries plus détaillées sont publiées chaque année. Ces séries sont donc modifiées, ainsi que leurs regroupements.
Les changements apportés par la nouvelle nomenclature visent à mieux refléter les logiques de consommation. Par exemple, « Communications » devient « Information et communication » en regroupant les ordinateurs avec les services de communication et les téléphones. Dans la nomenclature précédente, les ordinateurs figuraient dans le regroupement « Loisirs et culture ». Ces changements traduisent parfois des mises en cohérence avec d’autres nomenclatures. La nomenclature des services d’éducation correspond aux choix faits pour la classification internationale des types d’éducation (CITE) de 2011, qui prend en compte les niveaux licence et mastère au lieu des premier et deuxième cycle précédemment. Certains changements sont des clarifications qui reflètent mieux l’utilisation des produits : le casque de vélo est désormais un accessoire de transport au lieu d’être regroupé avec l’habillement (figure 2) ; son prix influencera donc celui des transports plutôt que celui de l’habillement.
Figure 2 – Le changement de nomenclature : exemple des casques de vélo

Chaque année, l’Insee revoit la liste des types de produits suivis dans l’indice des prix pour qu’ils restent représentatifs de la consommation. La liste a été adaptée aussi pour correspondre à la nouvelle nomenclature. Ce sont les produits qui représentent plus de 0,1 % de la consommation qui sont suivis, ce qui conduit à exclure quelques dizaines de produits dont la consommation est nulle ou très faible en France. En 2026, les vidéoprojecteurs, dont l’achat s’est répandu, font leur entrée dans la liste des produits suivis. Dans le même temps, les cartouches d’encre pour stylo à plume, dont l’usage s’est raréfié, ne sont plus suivies. Ce faisant, ce sont 99 % du champ théorique de l’indice des prix qui font effectivement l’objet d’une mesure des prix.
Des séries détaillées mais aussi des regroupements par grands postes de consommation, des séries par catégorie de ménages ou pour chaque département et région d’outre-mer
En base 2025, l’IPC continue d’être diffusé à la fois selon la nomenclature européenne et ses différents agrégats d’un côté, selon la nomenclature « conjoncturelle » (alimentation, produits manufacturés, énergie, tabac, services) de l’autre ; cette dernière reste la plus utilisée par les économistes pour commenter les chiffres de l’inflation.
Des séries spécifiques sont produites et diffusées : IPC y compris loyers imputés aux propriétaires occupants, séries spécifiques auxquelles des textes font référence (« IPC hors tabac », « IPC hors tabac des ménages du 1er quintile des revenus hors tabac », « IPC des ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé »), etc. À un rythme annuel, sont produites des séries par catégorie de ménages (par quintile de niveau de revenu, âge de la personne de référence du ménage, composition familiale, etc.).
À l’occasion du changement de base, les indices spécifiques à la grande distribution évoluent : sont désormais diffusés l’indice de l’alimentation hors produits frais et celui des produits d’entretien et d’hygiène-beauté, tels qu’ils sont mesurés à partir des données de caisse des enseignes de la grande distribution uniquement. L’indice des prix est établi pour l’ensemble de la France (Hexagone et départements et régions d’outre-mer – Drom) ; des indices de prix spécifiques à chaque Drom sont également calculés et diffusés chaque mois [Insee, 2026].
Enfin, les indices en base 2025 sont diffusés sous forme de séries longues rétropolées depuis 1996, utiles pour mesurer l’évolution des prix sur longue période. Les séries des précédentes générations d’indices de prix demeurent disponibles. L’Insee tient d’ailleurs à jour une série très longue d’inflation qui remonte au début du XXe siècle, et un outil de conversion franc-euro.
Une meilleure mesure des prix sur internet
L’IPC et l’IPCH visent à être représentatifs de l’ensemble de la consommation sur un champ bien déterminé, pour l’ensemble des modes de vente et l’ensemble du territoire. Par exemple, le café s’achète en grande surface, dans d’autres commerces et sur internet : l’Insee mesure donc l’évolution des prix pour tous ces modes de vente. En pratique, l’Insee fait des relevés de prix sur le terrain et sur internet, utilise des bases de données administratives ou provenant des entreprises, et réalise des enquêtes sur les loyers (figure 3).
L’Insee a développé le suivi de prix sur internet pour refléter la hausse de ce mode de consommation. Certains sont « moissonnés » sur des sites de réservation de transport et d’hébergement (webscraping) en relevant un grand nombre de prix chaque mois (2,5 millions). D’autres sont relevés manuellement pour couvrir une variété de produits achetés sur internet, sur près de 1 600 sites de vente. À partir de 2026, ce dernier échantillon est accru de manière significative, en passant le nombre de relevés de 6 000 à plus de 10 000 en deux ans. L’objectif est double : améliorer la précision statistique sur des produits déjà suivis et suivre les produits de manière plus détaillée. Afin d’illustrer de manière concrète le détail recherché pour assurer la qualité statistique : l’indice des prix prend désormais bien en compte la gigoteuse pour bébé ou la raquette de ping-pong achetées sur internet ; la précision de l’indice des prix sur les trottinettes électriques et les oreillers s’améliore en augmentant le nombre de relevés (soit en augmentant le nombre de produits suivis, soit en passant à deux relevés par mois pour les produits dont les achats en ligne sont déjà suivis, pour mesurer avec précision un prix moyen sur le mois lorsqu’il est volatil comme par exemple en novembre avec le « Black Friday »).
L’Insee adapte également la collecte effectuée sur le terrain par son réseau d’enquêteurs. Dans l’Hexagone, la mesure des prix dans les points de vente physiques repose sur un échantillon d’agglomérations de différentes tailles. Il passe de 99 à 87 agglomérations : les prix de nombreux produits étant suivis par les données de caisse depuis 2020 dans la grande distribution [Leclair, 2019], le nombre de points de vente hors grandes surfaces était devenu trop faible dans certaines petites agglomérations. Le nombre d’articles pour lesquels un relevé de prix sur le terrain est effectué diminue un peu : il passera de 150 000 à 140 000 environ par mois en deux ans. Les statisticiens optimisent les moyens qu’ils mettent en œuvre, en lien avec les changements des habitudes de consommation des ménages : la diminution de la précision de la mesure des prix en points de vente physiques est faible et acceptable en regard de l’amélioration de la mesure des prix sur internet.
Figure 3 – Modes de collecte d’information utilisés par l’Insee pour l’indice des prix à la consommation après le changement de base

Une collecte d’information qui se modernise en continu, au plus proche de la consommation
Statistique pionnière dans l’utilisation de sources de données privées détaillées avec l’utilisation des données de caisse de la grande distribution depuis 2020, l’indice des prix poursuit les efforts en ce sens.
L’utilisation de relevés de prix « moissonnés » sur internet (webscraping) pour mesurer les prix de l’hôtellerie est une nouveauté en 2026. L’Insee procédait déjà de cette manière pour le transport ferroviaire ou le transport aérien dans le cadre d’un partenariat avec la direction générale de l’aviation civile. Ce type de collecte permet de bien prendre en compte les variations de prix selon les antériorités de réservation. Le nombre d’observations est généralement important pour peu de coûts supplémentaires, y compris le week-end, ce qui est favorable à la précision statistique. Pour l’hôtellerie, la mesure des prix tient compte de la zone géographique jusqu’au département et à l’aire touristique, de la catégorie d’hôtels, de l’appartenance à une chaîne, de l’antériorité de réservation et de la période (semaine ou week-end). Par exemple : la réservation d’une chambre pour deux personnes dans les Alpes-Maritimes dans une zone littorale, dans un hôtel 4 étoiles appartenant à une chaîne, 3 jours avant, pour un week-end.
L’Insee projette également d’étendre l’utilisation des données de caisse de la grande distribution pour les magasins de type hard discount et supérettes, voire à plus long terme en l’étendant à d’autres champs du commerce. À l’heure actuelle, l’Insee dispose des données de toutes les grandes enseignes de la distribution pour les points de vente à prédominance alimentaire de plus de 400 mètres carrés. Chaque jour, les données lui sont transmises, pour chaque point de vente et chaque code-barre, soit 1,3 milliard d’observations chaque mois. Un référentiel de produits permet de les classer et de tenir compte finement de leurs caractéristiques (contenance, caractéristiques qualitatives). Les données de caisse offrent l’avantage de l’exhaustivité. Surtout, elles apportent une richesse d’information pour mieux pondérer les indices et mieux prendre en compte le remplacement des produits qui changent au fil des mois.
Ces évolutions interviendront sans attendre le prochain changement de base en 2035 ! Les sources utilisées pour l’indice des prix évoluent au fil des ans, pour assurer sa qualité statistique en étant toujours au plus près de la consommation et des modes de vente. ■
Pour en savoir plus
- Insee, 2026, note base 2025 de l’IPC, Actualités des indices et séries chronologiques, février
- Insee, 2026, IPC et IPCH provisoires de janvier 2026, Information Rapides, février
- Insee, 2026, documentation sur l’IPC et l’IPCH, février
- Insee, 2026, Indices des prix à la consommation – Résultats par regroupement de produits et produits détaillés (COICOP2), Séries chronologiques, février
- Insee, 2025, Classification des fonctions de consommation des ménages, décembre
- Insee, 2025, « Au troisième trimestre 2025, les prix des logements sont quasi stables – Indice des prix des logements neufs et anciens – troisième trimestre 2025 », Informations rapides n° 326, décembre
- Insee, 2025, L’essentiel sur… l’inflation, Chiffres clés, février
- Insee, Datagora, 2022, L’inflation en 4 épisodes
- Daubaire A., 2022, « Indice des prix à la consommation vs indice des prix harmonisé au niveau européen : santé et énergie font la différence », Blog de l’Insee, mars
- Ourliac B., 2020, « Mais si, l’Insee prend bien en compte le logement dans l’inflation ! », Blog de l’Insee, février
- Leclair M., 2019, « Utiliser les données de caisses pour le calcul de l’indice des prix à la consommation », Courrier des statistiques n° 3, décembre
- Union européenne, 2016, Règlement 2016/792 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relatif aux indices des prix à la consommation harmonisés et à l’indice des prix des logements
- Union européenne, 2024, Règlement délégué 2024/3159 de la Commission du 2 septembre 2024 modifiant le règlement (UE) 2016/792 du Parlement européen et du Conseil relatif aux indices des prix à la consommation harmonisés et à l’indice des prix des logements
- Eurostat, European Classification of Individual Consumption According to Purpose version 2
- Eurostat, Informations sur l’IPCH et sur le changement de base