Les gains de productivité français en partie retrouvés, sans effacer le retard accumulé
L’ampleur du décrochage de la productivité du travail en France depuis la crise sanitaire de 2020 a été réévaluée à l’occasion de la sortie des comptes de la Nation le 29 mai 2026 : en 2023, la productivité apparente du travail en France, mesurée comme le rapport du produit intérieur brut (PIB) à l’emploi exprimé en personnes physiques, est désormais estimée à 4,6 points en deçà de sa tendance d’avant crise sanitaire, contre 5,5 points lors d’une première évaluation réalisée il y a deux ans. En outre, selon le compte provisoire des comptes nationaux pour 2025, la perte de productivité par rapport à la tendance d’avant-crise s’est un peu résorbée depuis 2023 et s’établit à 4,3 points en 2025.
La France continue de se singulariser par rapport aux autres pays européens, avec une perte de productivité plus marquée par rapport à sa tendance pré-crise sanitaire. Mais cette spécificité française s’atténue, car le déficit de productivité par rapport à la tendance s’est à l’inverse accru ces deux dernières années dans les autres principaux pays européens. Lors de l’analyse menée il y a deux ans, plusieurs explications étaient avancées au décrochage français : des effets de composition de la main-d’œuvre liés notamment à la montée en charge de l’apprentissage et au dynamisme des créations de micro-entreprises, ou bien encore de la rétention de main-d’œuvre spécifique dans certains secteurs (aéronautique, énergie, industries énergo-intensives).
D’un point de vue sectoriel, la productivité de l’industrie française est toujours en deçà de sa tendance d’avant-crise sanitaire, mais les rétentions de main-d’œuvre se sont en partie résorbées, notamment dans l’aéronautique grâce à la levée des contraintes d’approvisionnement. Par ailleurs, la productivité des services marchands dépasse désormais sa tendance d’avant-crise sanitaire, stimulée par des gains de productivité notables dans la programmation informatique avec l’essor de l’intelligence artificielle générative, et par la vigueur de l’activité dans l’hébergement-restauration, dans un contexte de forte fréquentation touristique du territoire national depuis la fin de la crise sanitaire.
Enfin, le dynamisme des créations d’emploi depuis 2019 a été tiré par les alternants et les micro-entrepreneurs, dont la productivité par tête est en moyenne plus faible que celle des salariés, notamment du fait de durées du travail réduites. Ainsi, en se restreignant au champ de l’emploi salarié privé et en tenant compte de la productivité moindre des alternants, la perte par rapport à la tendance de productivité s’établit à 2,4 points en 2025. Comme les rétentions de main-d’œuvre ont été partiellement comblées, cette perte, six ans après la crise sanitaire, pourrait être en partie pérenne.
La productivité du travail en France a quasiment retrouvé fin 2025 son niveau antérieur à la crise sanitaire, mais l’écart à la tendance des années 2010 est encore de 4 points environ
L’Insee a publié le 29 mai 2026 les comptes de la Nation [Insee, 2026], qui regroupent le compte provisoire pour l’année 2025, le compte semi-définitif pour 2024 et le compte définitif pour 2023. Cette publication permet de réviser et d’actualiser le diagnostic établi il y a deux ans par l’Insee dans un billet de blog concernant le décrochage de la productivité du travail en France depuis la crise sanitaire de 2020 : la productivité apparente du travail en France, mesurée comme le rapport du PIB à l’emploi exprimé en personnes physiques, était alors estimée pour l’année 2023 environ 5,5 points en deçà de sa tendance d’avant crise.
Or, du fait des à la hausse de la croissance française pour l’année 2023, cette perte de productivité pour 2023 par rapport à sa tendance d’avant-crise sanitaire est désormais estimée à 4,6 points : les gains de productivité par tête pour 2023 sont finalement de +0,8 % dans le compte définitif publié en mai 2026, alors qu’ils étaient nuls lors de la parution du compte provisoire en 2024.
En outre, les comptes de la Nation permettent désormais de prolonger l’analyse jusqu’en 2025 : ainsi, la productivité apparente du travail en France a baissé de 1,1 % entre 2019 et 2025 (figure 1) alors qu’elle progressait de +0,5 à +0,6 % en moyenne par an entre 2011 et 2019. En moyenne sur 2025, selon le compte provisoire des comptes nationaux, l’écart de productivité par rapport à la tendance d’avant-crise sanitaire se résorbe donc un peu par rapport à 2023, mais s’établit tout de même à -4,3 points.
Concernant plus spécifiquement le quatrième trimestre 2025, selon l’estimation des comptes trimestriels publiés le 29 mai 2026, la productivité du travail en France accuse fin 2025 un retard en niveau de 0,7 point par rapport à 2019, soit un écart à la tendance de -4,1 points. L’essentiel de la perte de productivité depuis la crise sanitaire est donc comblé en niveau, mais la productivité du travail accuse toujours un retard par rapport à sa tendance antérieure, qui se résorbe lentement. Les données pour les années 2024 et 2025 sont encore amenées à évoluer : en particulier, les données définitives pour 2025 ne seront pas connues avant mai 2028.
Figure 1 – Productivité du travail par tête en France

Lecture : si l’évolution annuelle depuis 2019 avait été celle observée en moyenne entre 2011 et 2019, la productivité du travail aurait augmenté de 2,2 % en 2023 par rapport à 2019. Or, en 2023, selon le compte provisoire des Comptes de la Nation 2023, la productivité du travail par tête, mesurée comme le ratio du PIB à l’emploi en personnes physiques, était estimée en recul de 3,5 % par rapport à 2019, contre 2,5 % lors de la publication définitive des Comptes de la Nation 2025.
Source : Insee, comptes nationaux
L’écart à la tendance de productivité est un peu plus marqué pour la productivité horaire du travail
De même, la productivité horaire du travail, mesurée comme le rapport du PIB au , se redresse : en 2025, elle n’est plus inférieure que de 0,8 point à son niveau de 2019 (figure 2). L’écart par rapport à la tendance d’avant-crise sanitaire est un peu plus marqué en 2025 pour la productivité horaire (-4,9 points) que pour la productivité par tête (‑4,3 points). En effet, la tendance annuelle de productivité horaire du travail sur la période 2011-2019 est légèrement supérieure (+0,7 %) à celle de la productivité par tête (de l’ordre de +0,5 % à +0,6 %). D’une part, l’emploi des non-salariés a progressé beaucoup plus vite sur la décennie 2010 que leur volume horaire travaillé, du fait de la montée en charge du régime de micro-entrepreneur depuis 2008, car les personnes qui y ont recours, même lorsqu’elles ont ce statut à titre principal, ont en moyenne des faibles durées d’activité. D’autre part, la durée annuelle de travail des salariés à temps complet a baissé sur la décennie 2010, du fait notamment d’une hausse structurelle et progressive des arrêts maladie et accidents du travail.
Cette dynamique des indemnités journalières pour arrêt maladie s’est amplifiée depuis 2019, même en corrigeant les effets liés au vieillissement de la population active [Drees, 2024]. Mais, à l’inverse, le dynamisme de l’apprentissage a plus fortement contribué au nombre d’heures qu’au nombre d’emplois (les apprentis étant conventionnellement comptabilisés à temps complet) et la part des salariés au forfait (qui ont un nombre d’heures de travail hebdomadaire plus élevé que les autres) a augmenté.
Les évolutions entre 2022 et 2025 diffèrent un peu suivant que l’on raisonne par tête ou par heures : la productivité horaire ne se redresse nettement qu’en 2025, contrairement à la productivité par tête qui retrouve des gains tendanciels depuis 2022. Les heures travaillées en 2023 ont notamment été soutenues par le repli des jours d’arrêt maladie du fait de la sortie de crise sanitaire.
Au final, ces différents facteurs ne se compensent pas tout à fait depuis 2019, et la perte de productivité par rapport à sa tendance est un peu plus marquée par heures que par tête.
Figure 2 – Productivité horaire du travail en France

Lecture : en 2023, selon l’estimation provisoire des Comptes de la Nation 2023, la productivité horaire du travail par tête, mesurée comme le ratio du PIB au volume horaire total de travail, recule de 2,7 % par rapport à 2019, contre 2,4 % lors de la publication définitive des Comptes de la Nation 2025. Or, la productivité du travail aurait augmenté de 2,8 % en 2023 par rapport à 2019, si l’évolution annuelle depuis 2019 avait été celle observée en moyenne entre 2011 et 2019.
Source : Insee, comptes nationaux
En comparaison européenne, la singularité de la dynamique de productivité de la France demeure, mais s’atténue
Le billet de blog de 2024 mettait en exergue la singularité française en Europe en termes de dynamique de productivité depuis la crise sanitaire : la productivité par tête des principaux pays de la zone euro (hors France) était alors estimée 1 point en deçà de sa tendance des années 2010, contre un décrochage d’environ 5,5 points en France.
En 2025, cette spécificité française en termes de productivité perdure, mais elle s’atténue (figure 3). En effet, l’ s’est accentué depuis 2023 ailleurs en Europe (1,8 point en deçà en 2025), alors qu’il s’est résorbé en France (-4,3 points d’écart à la tendance). Par ailleurs, en France, la tendance de la productivité par tête sur la décennie 2010 y est un peu plus forte (entre +0,5 et +0,6 % par an) que celle des principaux pays de la zone euro (+0,3 % par an)1.
Par rapport à 2019, la productivité par tête française recule de 0,7 point fin 2025, tandis que celle des principaux pays de la zone euro est quasi-stable. Ce rapprochement s’explique notamment par une croissance un peu plus forte depuis 2023 en France que dans le reste de la zone euro et par de forts phénomènes de rétention de main-d’œuvre sur la période récente dans les autres pays d’Europe, notamment dans l’industrie allemande.
Figure 3 – Productivité du travail par tête en comparaison européenne

Note : les courbes de tendance correspondent à l’évolution annuelle moyenne observée entre 2011 et 2019. L’agrégat « Zone Euro hors France » est construit en agrégeant les données de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne, de la Belgique et des Pays-Bas.
Lecture : au quatrième trimestre 2025, la productivité du travail en France calculée comme le ratio du PIB et de l’emploi en personnes physiques atteint 99,3, en base 100 en 2019. Ce niveau aurait atteint 103,3 si l’évolution annuelle depuis 2019 avait été celle observée en moyenne entre 2011 et 2019.
Source : comptes nationaux Insee, Destatis, Istat, INE, CBS, BNB.
La productivité dans l’industrie manufacturière dépasse son niveau d’avant la crise sanitaire, mais s’essouffle en 2025
En 2023, d’après la publication du compte provisoire en mai 2024, la productivité dans l’industrie manufacturière était en recul de 2,8 % par rapport à 2019. Après avoir été abaissée dans le compte semi-définitif, la productivité dans l’industrie manufacturière en 2023 est finalement révisée à la hausse dans le compte définitif par rapport à son estimation provisoire : désormais, son recul n’est plus évalué qu’à 0,7 % en 2023 par rapport à 2019 (figure 4). Cette révision s’explique quasi intégralement par une révision à la hausse de la valeur ajoutée dans l’industrie (encadré 1).
La productivité dans l’industrie manufacturière s’est de nouveau redressée en 2024, dépassant son niveau d’avant-crise sanitaire (soit 5,0 points d’écart à la tendance). En 2025, en revanche, la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière ralentit nettement, si bien que les gains de productivité faiblissent : par rapport à la tendance d’avant crise sanitaire, la productivité dans l’industrie manufacturière accuse un retard de 5,6 points en 2025.
Figure 4 – Productivité du travail par tête dans l’industrie manufacturière

Lecture : en 2023, selon l’estimation provisoire des Comptes de la Nation 2023, la productivité par tête du travail dans l’industrie manufacturière, mesurée comme le ratio de la valeur ajoutée à l’emploi, reculait de 2,8 % par rapport à 2019, contre 0,7 % lors de la publication définitive des Comptes de la Nation 2025. Or, la productivité du travail aurait augmenté de 6,4 % en 2023 par rapport à 2019, si l’évolution annuelle depuis 2019 avait été celle observée en moyenne entre 2011 et 2019.
Source : Insee, comptes nationaux
Encadré 1 : Pourquoi la croissance du PIB a-t-elle été révisée pour l’année 2023 ? Pour l’année 2023, la croissance du PIB (en volume non corrigé des jours ouvrables) a été estimée lors de l’établissement du compte provisoire à +0,9 %. La croissance du PIB s’établit finalement à +1,6 % selon le compte définitif. En particulier la croissance de la valeur ajoutée manufacturière en 2023 s’établit à +7,0 % dans le compte définitif, contre +2,1 % dans le compte provisoire. Cette forte révision en 2023 s’explique en grande partie par le contexte inflationniste : le fait que les indices évoluent fortement en valeur et en prix contribue à l’imprécision de la mesure des volumes, obtenue souvent par résultante. Ce contexte a complexifié la réconciliation entre les différentes données : les écarts habituellement faibles entre les sources de données disponibles lors de l’élaboration des différentes versions des comptes nationaux (compte provisoire, semi-définitif, définitif) se sont avérés plus importants pour 2023. Certaines corrections, nécessaires pour passer d’une donnée observée aux concepts suivis par les comptes nationaux, ont été également plus ardues à estimer : c’est le cas, en particulier, de la correction pour appréciation sur stocks. Les déclarations d’entreprises renseignent sur les ventes et les achats, ce qui nécessite de prendre en compte les variations de stocks pour apprécier la production et les consommations intermédiaires ; c’est particulièrement le cas pour les branches manufacturières, où les stocks ne sont pas observés selon un prix homogène entre le début et la fin de l’année. L’appréciation sur stocks, qui permet de corriger ce point, s’appuie sur les évolutions de prix en cours d’année : dans un contexte où les évolutions de prix ont été, non seulement très fortes en 2022 et 2023, mais aussi hétérogènes entre produits en 2022 et 2023, l’estimation de l’appréciation sur stocks a perdu de sa précision, alors même que sa contribution à la croissance est fortement négative en 2022 puis fortement positive en 2023, avec un effet globalement neutre sur l’ensemble des deux années. Enfin, face aux évolutions de prix, les entreprises ont davantage adapté leur processus de production qu’habituellement, particulièrement pour l’industrie manufacturière. Or les indicateurs sur la production des entreprises sont disponibles dès la première estimation des comptes trimestriels, mais les informations sur leurs consommations intermédiaires, par secteur, ne sont connues que lors de l’établissement du compte définitif, grâce à la statistique structurelle d’entreprises. Les hypothèses retenues habituellement dans les premières versions de comptes, qui consistent à faire évoluer de façon tendancielle les coefficients techniques (rapports des consommations intermédiaires de chaque branche à sa production), sous contrainte du montant total des consommations intermédiaires disponibles dans l’ensemble de l’économie, ont été infirmées lors du compte définitif 2023. |
La production de la branche aéronautique redécolle enfin…
Le redressement de la productivité dans l’industrie manufacturière s’explique notamment par la levée des contraintes d’approvisionnement, qui avaient entravé l’activité dans certaines branches plusieurs années après la crise sanitaire, sans ajustement équivalent concernant l’emploi.
Ainsi, dans l’aéronautique, l’emploi a continué d’augmenter après 2020 sous l’effet d’embauches d’ingénieurs et de cadres, avec un effet différé sur la production [Roulleau, 2024]. La valeur ajoutée de la branche a quant à elle redécollé en 2023, sans faiblir depuis, si bien que la productivité dans l’aéronautique dépasse désormais largement sa tendance d’avant-crise sanitaire. Toutefois, au niveau détaillé par branche d’activité, la mesure de la valeur ajoutée est plus volatile (> encadré 1) que la production qui intègre par ailleurs les consommations intermédiaires et rend donc mieux compte de la situation de l’ensemble de la filière d’activité. La production de la branche aéronautique, a rebondi moins vigoureusement après la crise de la Covid (figure 5) : rapportée à l’emploi, elle reste ainsi encore en retrait par rapport à la décennie 2010.
Figure 5 – Production rapportée à l’emploi dans la branche des autres matériels de transport

Note 2 : par simplification l’emploi retenu est seulement celui des « autres matériels de transport » alors qu’il conviendrait de rapporter la production à l’emploi de l’ensemble de filière, y compris sous-traitant. Les données les plus récentes pour l’ensemble de la filière ne sont pas encore connues mais la corrélation de la production et de l’emploi avec le « cœur » de la branche des « autres matériels de transport » est forte [Manchon, 2025].
Note 3 : pour 2025, l’évolution de l’emploi total de la branche est estimée à partir de l’évolution de l’emploi salarié issu des estimations d’emploi.
Lecture : en 2025, la production rapportée à l’emploi est en retrait de 6,0 % par rapport à 2019.
Source : Insee, comptes nationaux, estimations d’emploi.
… tandis que celle des industries énergo-intensives reste durablement affectée par la crise énergétique de 2022
Alors que le rapport de la production à l’emploi des industries énergo-intensives progressait en moyenne de 1,0 % par an sur la décennie 2010, celui-ci reste durablement dégradé depuis la crise sanitaire. Après avoir plongé en 2020, la production de ce secteur a de nouveau souffert de l’envolée des prix énergétiques en 2022. En 2025, la production reste encore en retrait par à 2022, tandis que l’emploi a poursuivi son ajustement à la baisse depuis la crise sanitaire. Finalement, le rapport de la production à l’emploi des industries énergo-intensives recule de 9 points en 2025 par rapport à 2019 et reste en retrait de presque 15 points par rapport à sa tendance d’avant-crise sanitaire.
Figure 6 – Rapport de la production à l’emploi par tête dans les industries énergo-intensives

Note 2 : pour 2025, l’évolution de l’emploi total de la branche est estimée à partir de l’évolution de l’emploi salarié issu des estimations d’emploi.
Lecture : en 2025, le rapport de la production à l’emploi des industries énergo-intensives est en baisse de 8,8 % par rapport à 2019.
Source : Insee, comptes nationaux, estimations d’emploi.
Seul le secteur des services marchands (hors commerce) dépasse sa tendance de productivité d’avant-crise sanitaire
Au total, en 2025, l’industrie manufacturière contribue pour 0,5 point à l’écart avec la tendance de productivité d’avant-crise sanitaire (figure 7).
La branche énergétique y contribue pour 0,3 point. La production d’électricité s’est certes redressée après l’épisode d’arrêt des centrales nucléaires de l’hiver 2022 [Note de conjoncture, juillet 2024] , mais le vieillissement du parc nucléaire et l’augmentation du temps consacré à la maintenance qui en découle affecte à long terme la productivité de la branche. De même, la diversification des sources d’approvisionnement gazier réalisée suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie a favorisé la montée en puissance dans le mix français du gaz naturel liquéfié (GNL), plus complexe à traiter : cette substitution se traduit par une baisse en volume de la valeur ajoutée de la branche distribuant du gaz, donc de la productivité de cette même branche.
La branche agricole contribue quant à elle pour 0,2 point à l’écart avec la tendance d’ensemble en 2025 : la valeur ajoutée, pénalisée par des vendanges décevantes du fait de la canicule d’août [Agreste, 2025], se replie davantage que l’emploi.
La baisse de productivité dans le commerce contribue pour plus de la moitié, soit 1,8 point, à l’écart avec la tendance de la productivité du travail d’ensemble en 2025. La valeur ajoutée s’est contractée, alors que l’emploi est resté allant entre 2019 et 2023 et n’a commencé à se replier que depuis 2024. Le recul de la valeur ajoutée s’explique par celui de la consommation, en particulier des biens alimentaires [Note de conjoncture, mars 2026] dans un contexte de forte inflation. Néanmoins, la mesure de l’activité en volume de la branche du commerce repose, en comptabilité nationale, sur une convention de proportionnalité entre le service de commerce rendu et le volume de produit consommé. Cette mesure est susceptible de majorer la contribution du secteur du commerce à la perte de productivité : si un déflateur moins dynamique était retenu, cela redresserait la valeur ajoutée du commerce et dégraderait celle des autres branches, avec un effet très limité sur le PIB [Insee, billet de blog de juillet 2024].
La baisse de la productivité dans la construction, déjà sensible sur la décennie 2010 du fait de l’atonie de la valeur ajoutée de cette branche, s’est accentuée depuis 2019. Elle contribue pour 0,7 point à l’écart avec la tendance d’ensemble en 2025.
Seuls les services principalement marchands (hors commerce) dépassent en 2025 leur tendance de productivité d’avant-crise sanitaire, alors que ce secteur accusait encore un retard en 2023, quoique nettement diminué lors de la publication du compte définitif 2023 par rapport au compte provisoire. C’est notamment le cas pour le secteur de l’information-communication : depuis l’essor de l’intelligence artificielle générative fin 2022, l’emploi dans le secteur s’est retourné, alors que la valeur ajoutée y est toujours croissante, ce qui se traduit par une hausse de la productivité [Note de conjoncture, mars 2026]. La branche de l’hébergement-restauration bénéficie quant à elle d’une fréquentation touristique historiquement haute en France en 2025[Insee, 2025] : entre 2019 et 2025, le solde touristique a doublé passant de 0,3 % à 0,7 % du PIB, contribuant au dynamisme de la valeur ajoutée de la branche (+31 %). Par ailleurs, elle a bénéficié du développement rapide de l’offre de restauration en livraison ou à emporter, qui nécessite moins de facteur travail.
La productivité des services non marchands contribue pour 0,6 point au retard par rapport à la tendance de productivité d’ensemble en 2025. La productivité est en recul dans la santé, notamment dans le secteur public hospitalier du fait d’une baisse du volume d’activité mesuré depuis 2019 [Drees, 2025], ainsi que dans l’éducation, du fait du recul du nombre d’élèves scolarisés dans le premier degré consécutif à la baisse des naissances [Depp, 2025].
Enfin, l’écart à la tendance de productivité s’explique aussi par la différence d’évolution entre le PIB et la valeur ajoutée en volume depuis la crise sanitaire. L’écart entre le PIB et la valeur ajoutée au prix de base est constitué des impôts sur les produits (comme la TVA et les payées sur les biens et services, ou bien les droits de mutation à titres onéreux (DMTO) associés aux achats immobiliers), diminués des subventions sur les produits. Entre 2019 et 2025, la valeur ajoutée d’ensemble progresse de +6,7 % contre +5,7 % pour le PIB, soit un écart d’environ -0,1 point par an entrela croissance du PIB et celle de la valeur ajoutée, alors que cet écart était nul en moyenne sur la décennie 2010. Ainsi, en 2025, l’écart entre le PIB et la valeur ajoutée explique 1 point de l’écart à la tendance de productivité. Cet écart s’est accru depuis 2023 : les recettes de TVA en volume ont pâti de la faiblesse de la consommation des ménages, tandis que les accises en volume de tabac se sont continûment repliées, à l’instar de la consommation.
Figure 7 – Contributions des branches d’activité à l’écart à la tendance de productivité du travail par tête d’avant crise sanitaire

Note 2 : la colonne « 2023 provisoire » correspond à l’estimation provisoire des Comptes de la Nation pour 2023, publiés en mai 2024, à partir de laquelle est construite la figure 7 du billet de blog de l’Insee sur la productivité publié en 2024.
Note 3 : les colonnes « 2023 définitif » et « 2025 provisoire » correspondent à l’estimation des Comptes de la Nation publiés en mai 2026.
Lecture : en 2025, la productivité apparente du travail (calculée à partir de la valeur ajoutée plutôt que du PIB) se situe 3,3 points en deçà du niveau qu’elle aurait atteint si elle avait continué à croître sur son rythme moyen enregistré entre 2011 et 2019. La branche « Commerce » contribue à hauteur de -1,8 point à cet écart.
Source : comptes nationaux Insee.
Depuis 2019, les créations d’emploi sont portées par l’alternance et les micro-entrepreneurs, dont la productivité par tête est plus faible que celui des salariés
Entre 2019 et 2025, l’emploi a augmenté en moyenne de 1,1 % par an, contre 0,7 % par an sur la décennie 2010. L’intensification de la croissance en emploi depuis 2019 se traduit par un recul de la productivité du travail, d’autant plus marqué que la hausse de l’emploi a été portée par l’alternance et l’emploi indépendant, essentiellement des micro-entrepreneurs. Alors que l’emploi des alternants représentait 2 % de l’emploi total fin 2019, celui-ci contribue pour environ 20 % aux créations d’emploi entre fin 2019 et fin 2025 (figure 8).
De même, l’emploi indépendant contribue pour 30 % aux créations d’emploi sur la période post-crise sanitaire, alors qu’il ne représentait que 10 % de l’emploi total fin 2019. Cette intensification de l’emploi alternant et indépendant affecte la productivité du travail, dans la mesure où la valeur ajoutée par emploi y est plus faible que pour un emploi salarié. En effet, les alternants ne sont pas présents ni productifs à plein temps sur leur lieu de travail puisqu’ils sont encore en grande partie en formation (et leur durée du travail est considérée conventionnellement à temps complet). Par ailleurs, les créations d’emploi d’indépendants proviennent des micro-entrepreneurs. Or ceux-ci génèrent en moyenne une faible valeur ajoutée, notamment parce que, même lorsqu’ils ont principalement ce statut, ils ont de faibles durées d’activité [Insee, 2025].
Figure 8 – Créations d’emploi par catégorie depuis 2019

Source : Insee, Estimations d’emploi ; estimations trimestrielles Urssaf, Dares, Insee.
En 2025, en neutralisant l’effet de l’alternance et de l’emploi non-salarié, l’écart à la tendance de productivité se réduit de 1,6 point dans les branches marchandes non agricoles
Pour tenir compte de l’essor de ces nouvelles formes d’emploi et de leur effet potentiel sur la productivité, une mesure alternative de la productivité du travail est proposée dans ce billet de blog, portant uniquement sur le champ des salariés des branches marchandes non agricoles. Les comptes de la Nation détaillent la valeur ajoutée par branche d’une part et par secteur institutionnel d’autre part, mais ne permettent pas de croiser ces informations. Il est toutefois possible d’isoler la valeur ajoutée des seuls salariés (encadré 2).
Encadré 2. Une mesure de la productivité apparente du travail salarié La comptabilité nationale mesure la valeur ajoutée par branche (en valeur et en volume) d’une part et par secteur institutionnel (en valeur) d’autre part. Or, si l’activité des branches provient très majoritairement des sociétés, une partie est assurée par les entreprises individuelles. Rapporter la valeur ajoutée d’une branche au seul nombre de salariés pour en déduire une productivité apparente du travail salarié de cette branche n’est donc pas licite. Pour analyser la productivité apparente du travail salarié, il est nécessaire de retirer la valeur ajoutée en volume des entrepreneurs individuels par branche. Les données micro-économiques qui partent des liasses fiscales et qui sont sous-jacentes à la comptabilité nationale permettent de la reconstituer. Mais ce travail est complexe car les opérations de « passage aux comptes » (retraitements conceptuels) sont appliquées sur l’ensemble de la branche sans distinguer le type d’entreprise. Des séries (en valeur) de valeur ajoutée des entreprises individuelles par branche ont pu être reconstruites complètement à partir des sources fiscales pour les années 2019 à 2024. Pour construire une série longue avant 2019, on utilise une information auxiliaire fournie par la comptabilité nationale : le revenu mixte des entrepreneurs individuels est en effet ventilé par branche en valeur au niveau A38 de la nomenclature de secteur d’activité depuis 1999 et au niveau A88 depuis 2013. Le revenu mixte représente environ 90 % de la valeur ajoutée des entrepreneurs individuels, le reste correspondant à la masse salariale versée à leurs salariés. En supposant que la valeur ajoutée se répartit comme le revenu mixte par branche, on peut ventiler la valeur ajoutée des entrepreneurs individuels par branche. La comparaison entre ce « proxy » et la construction complète sur les années 2019 à 2024 valide la méthode, ce qui autorise à utiliser ces séries longues ainsi reconstituées. La valeur ajoutée des salariés en valeur par branche est obtenue en retranchant à la valeur ajoutée d’ensemble celle des entrepreneurs individuels. On suppose enfin que le déflateur de la valeur ajoutée des salariés par branche est le même que celui de la valeur ajoutée de l’ensemble de la branche. En agrégeant les valeurs ajoutées par branche en volume ainsi obtenues, on peut reconstituer une valeur ajoutée des seuls salariés sur le champ des branches marchandes non agricoles. La productivité apparente du travail salarié en personnes physiques est définie comme le ratio de la valeur ajoutée des salariés en volume sur l’emploi salarié en personnes physiques. L’analyse de la figure 9 est restreinte aux seules branches marchandes non agricoles. Une mesure alternative de la productivité des salariés corrige la montée en charge de l’apprentissage survenue depuis la réforme de 2018 en supposant que les alternants ont une productivité équivalente à 1/4 de celle d’un salarié. Ce paramètre, conventionnel et identique à celui retenu en 2024, s’appuie sur [Labau et Lagouge, 2023]. |
Sur la période 2011-2019, la tendance de productivité des salariés des branches marchandes non agricoles est plus élevée (+0,8 % par an) que la tendance totale sur ces mêmes branches en tenant compte de l’activité des entrepreneurs individuels (+0,5 % par an), du fait de la montée en charge du régime de micro-entrepreneur, qui a dynamisé l’emploi non salarié sur la décennie précédant la crise sanitaire.
Par ailleurs, depuis la crise sanitaire, le nombre total d’apprentis a plus que doublé, dépassant le million depuis 2023, bien qu’en fléchissement en 2025 [Dares, 2026]. En attribuant aux alternants une productivité équivalente à ¼ de celle d’un salarié [Labau et Lagouge, 2023], la productivité des salariés corrigée de cet important phénomène de montée en charge recule de 2,4 points en 2025 par rapport à sa tendance, contre 4 points sur l’ensemble y compris emploi non salarié (figure 9). Selon cette estimation, la montée en charge de l’apprentissage contribue ainsi pour -1,3 point à l’écart à la tendance de productivité sur le champ des salariés des branches marchandes non agricoles en 2025. En revanche, l’emploi non salarié semble jouer un rôle moindre dans le diagnostic de perte de productivité depuis la crise sanitaire : dans les branches marchandes non agricoles, la contribution des non-salariés à l’écart à la tendance de productivité est de -0,3 point : la valeur ajoutée des entrepreneurs individuels reste en ligne avec la tendance de la décennie 2010 mais l’emploi non salarié, notamment celui des micro-entrepreneurs, a accéléré depuis la crise sanitaire, amplifiant ainsi légèrement le ralentissement d’ensemble de la productivité.
Figure 9 – Écarts à la tendance de productivité du travail par tête dans les branches marchandes non agricole (ensemble, champ salarié uniquement – corrigé ou non de la moindre productivité des alternants)

Note 2 : la productivité du champ salarié tenant compte de la moindre productivité des alternants attribue une productivité équivalente à ¼ d’un salarié pour l’ensemble des emplois d’alternants. Cela correspond à une productivité effective de la moitié d’un salarié car, si la comptabilité nationale retient conventionnellement une durée de travail à temps complet pour les alternants, ceux-ci ne sont présents qu’environ la moitié du temps en entreprise.
Note 3 : pour 2025, la valeur ajoutée des entrepreneurs individuels n’est pas connue ; par hypothèse, sur le champ des branches marchandes non agricoles, elle suit l’évolution de la valeur ajoutée d’ensemble.
Lecture : en 2025, l’écart à la tendance de productivité sur le champ des salariés des branches marchandes non agricoles, une fois pris en compte la productivité moindre des alternants, est de -2,4 points, contre -4,0 points pour l’ensemble des branches marchandes non agricoles.
Source : Insee, comptes nationaux, calcul auteur.
Pour en savoir plus
- Insee, 2026, Les Comptes administrations publiques en 2025, Insee Première, mai
- Insee, 2026, Les Comptes de la Nation en 2025, Insee Première, mai
- Adjerad R., Vermersch G., 2026, « Avec l’essor de l’intelligence artificielle générative, l’investissement numérique tire davantage la croissance aux États-Unis qu’en France, tandis que l’emploi recule dans les activités informatiques des deux côtés de l’Atlantique », Note de conjoncture, mars
- Benedetti G., Chemin C., Monziols M., Seilles M. 2026, « Durant la période inflationniste, les comportements de descente en gamme ont contribué pour deux points à la baisse de la consommation alimentaire, et les prix des produits d’entrée de gamme ont augmenté sensiblement plus vite que les autres », Note de conjoncture, mars
- Bernadette L., Lousteau M., 2025, « Viticulture. Une production viticole 2025 estimée à 36,2 millions d’hectolitres », Conjoncture – Infos Rapides Viticultures n° 2025-144, Agreste, novembre
- Valaison G., 2025, « Saison touristique d’été 2025 : Embellie de la fréquentation des hébergements collectifs de tourisme », Insee Focus n°363, septembre
- Manchon A., 2025, « Filière aéronautique et spatiale en Occitanie : L’activité progresse de 7 % en 2024 mais l’emploi marque le pas », Insee Flash Occitanie n° 147, septembre
- Delecourt C., Didier M., 2025, « Les dépenses de santé en 2024 – Résultats des comptes de la santé – Édition 2025 », Panorama de la Drees, septembre
- Depp, 2025, « La population scolaire et de l’enseignement supérieur », fiche 1.02, Repères et références statistiques, août
- Insee, 2025, « Emploi et revenus des indépendants », Insee Références, mai
- Dares, 2025, « Séries longues : le contrat d’apprentissage », février
- Colinot N., Debeugny G., Pollak C., 2024, « Arrêts maladie : au-delà des effets de la crise sanitaire, une accélération depuis 2019 », Etudes et résultats n° 1321, Drees, décembre
- Askenazy P., Cupillard É., Houriez G., Jauneau Y., Roucher D., 2024, « À la recherche des gains de productivité perdus depuis la crise sanitaire », Le blog de l’Insee, juillet
- Morvan F., 2024, « En 2023, le redémarrage des centrales nucléaires a contribué pour un demi-point à la croissance du PIB », encadré de la note de conjoncture de l’Insee, juillet
- Roulleau G., 2024, « L’activité aéronautique en France, toujours en deçà de son niveau d’avant-crise, pourrait redécoller en 2024 », Note de conjoncture, mars
- Labau F., Lagouge A, 2023, « Quel impact de la hausse de l’alternance depuis 2019 sur la productivité moyenne du travail ? », Dares Focus n° 5, janvier