Mayotte enfin comptée, et après ?

Mayotte enfin comptée, et après ?

La collecte du recensement exhaustif de Mayotte s’est terminée le 24 janvier 2026. Les quelque 700 agents communaux mobilisés sur le terrain ont recensé 97 % des logements (y compris les logements informels, « les bangas »). Ce résultat, meilleur que ce qui est observé habituellement dans l’Hexagone ou les autres départements et régions d’outre-mer, illustre la réussite de l’opération. Pour compléter la collecte des personnes vivant dans des logements, les agents recenseurs ont également réalisé le recensement des personnes sans-abri et de celles vivant dans des habitations mobiles (notamment les bateaux). L’Insee a accompagné de près les communes durant toute l’opération et a recensé les habitants des communautés (internats, centres de rétention…) pour finaliser la couverture exhaustive des habitants de Mayotte. De nombreuses opérations sont encore nécessaires pour pouvoir authentifier les nouvelles populations de Mayotte commune par commune. L’Insee y travaille dans l’objectif de diffuser des premiers résultats à l’été.


Commencée le 27 novembre 2025, la période de collecte du recensement de la population mahoraise s’est achevé le 24 janvier dernier. Cette période avait été précédée d’une opération indispensable : la cartographie de l’ensemble des logements de l’île, menée à bien par 25 enquêtrices et enquêteurs de l’Insee d’avril à août. Cette cartographie a ensuite été partagée avec les communes et validée par elles. Le choix précis de la période de collecte du recensement résultait d’une discussion approfondie avec l’ensemble des communes [Barlet, 2025]. Initialement prévue pour s’arrêter le 10 janvier (après 6 semaines), la collecte a été prolongée d’une à deux semaines à la demande de certaines communes pour assurer la complétude de l’opération. Huit superviseurs de l’Insee ont accompagné jusqu’au bout les communes pour les épauler dans leur travail.

Un lancement de collecte fortement médiatisé

La très vaste campagne de communication locale et nationale a permis de faire connaître à la population l’existence de cette opération avant et pendant la collecte. Certaines communes ont relayé cette information dans les quartiers : affiches, utilisation des panneaux lumineux de la commune par exemple ou encore sur les réseaux sociaux. Cet aspect est essentiel dans une opération de collecte statistique, car il facilite le travail des agents recenseurs sur le terrain.

Le lancement de la collecte a reçu un très fort écho médiatique autant au niveau local que national. Plusieurs articles de presse écrite y ont été consacrés ainsi que des reportages télévisuels et des interventions sur les radios nationales et locales.

Ces reportages ont notamment mis l’accent sur le recensement des zones d’habitats informels (« les bangas »). Contrairement à certaines idées reçues, les mesures mises en œuvre permettent le recensement de ces quartiers à Mayotte. Les communes ont, tout d’abord, compris l’intérêt de recruter des agents recenseurs résidant dans chaque quartier, pour rassurer la population et ainsi faciliter la collecte sur le terrain. De plus, les agents recenseurs, employés par les communes, avaient, en moyenne, 120 logements à recenser (sur l’ensemble de la France, la moyenne est à 210 logements par agent recenseur), ce qui permet de consacrer plus de temps par ménage, donc de pouvoir aider les habitants à remplir les questionnaires de recensement. Au-delà des quartiers informels, les zones où vivent des personnes en situation illégale ont pu être recensées rapidement et sans difficulté notable. C’est le cas par exemple du camp de Tsoundzou II où près de 900 personnes ont pu être recensées, ou encore de l’îlot de Mtsamboro. À l’inverse, le recensement a été plus difficile dans les zones d’habitats sécurisés abritant une population moins présente et plus difficile à joindre (accès aux immeubles protégés par exemple).

« Camp Africain » de Tsoundzou II

« Camp Africain » de Tsoundzou II

Un démarrage hétérogène

Au sein d’une même commune, l’avancée de la collecte a été assez différente d’une zone de collecte à l’autre. Chaque agent recenseur s’est vu confier par la mairie une à plusieurs zones de collecte. Les plus grandes ont été partagées entre plusieurs agents recenseurs. Au 15 décembre, certaines zones avaient déjà été entièrement recensées ou presque après à peine plus de 2 semaines de collecte (figure 1) ; alors qu’au 9 janvier, veille de la fin officielle, plus de 12 % des logements étaient encore à recenser. Du fait notamment de défections ponctuelles d’agents recenseurs, certaines zones de collecte sont restées plusieurs semaines sans visite d’un seul agent recenseur. Des mesures de remédiation ont alors été mises en place par les communes, notamment la réattribution des zones de collecte aux agents les plus efficaces, mais le retard accumulé en début de période n’était pas facilement rattrapable en période de vacances scolaires. Cette situation a conduit l’Insee à accorder des prolongations de collecte, d’une à deux semaines, à 14 des 17 communes de Mayotte. Cette situation n’a rien d’inédit : même si cela ne dépasse pas 10 % des communes en moyenne, chaque année, lors des opérations de recensement, des prolongations de 3 jours à 2 semaines sont accordées dans toutes les régions de France par le directeur général de l’Insee.

Figure 1 – Taux d’avancement de la collecte par îlots


Fin janvier, à la suite des prolongations de collecte accordées aux communes, le recensement des logements était dûment achevé. Les quelque 700 agents recenseurs ont récolté 299 600 bulletins individuels « papier », essentiellement par interview. Comme dans l’Hexagone, un membre de la famille a pu répondre pour plusieurs individus (enfants, conjoint, etc.). Cela ne représente qu’une partie de la collecte, mais la plus « visible » et la plus importante quantitativement à Mayotte. Le chiffre de population ne sera essentiellement que la somme de ce que les communes ont elles-mêmes comptées.

Le recours à internet pour répondre au recensement est resté faible. Seuls 3,5 % des ménages (ce qui représente près de 3 000 logements abritant un peu moins de 11 000 personnes) ont répondu par ce canal. Dans l’Hexagone, la réponse via internet est privilégiée par plus 7 personnes recensées sur 10.

Les causes de ce faible recours à Mayotte sont multiples : couverture internet parfois instable, défaut de maîtrise du français notamment par les familles d’origine étrangère, familles très nombreuses (8 personnes et plus), etc. Deux communes affichent cependant un taux de réponse par internet autour de 20 %.

97 % des logements recensés !

Comme dans tous les recensements, la collecte des réponses a été quasi exhaustive. Malgré les efforts de chacun, certains logements n’ont pas pu être enquêtés : parce que les personnes étaient hors territoire lors de la période de recensement, ou parce qu’elles étaient présentes, mais impossibles à joindre, ou encore parce qu’une faible proportion a refusé de se faire recenser. Le taux de logements non-enquêtés est, au final, contenu et faible (3,1 % – figure 2). En comparaison, le taux national flirte souvent avec les 4 %. Cette réussite permet de consolider in fine la robustesse des chiffres produits. Ce faible taux de logements non enquêtés est une constante dans les enquêtes de recensement mahoraises : à l’exception de 2024, où le taux de non-réponse était un peu supérieur à Mayotte qu’en moyenne dans l’Hexagone, les taux de réponse sont toujours meilleurs à Mayotte. Lors du dernier recensement exhaustif en 2017, le taux de non-réponse était également très faible (2 %).

Figure 2 – Taux de logements non enquêtés selon l’année de référence du recensement


L’atteinte de l’exhaustivité pour cette opération de recensement, c’est-à-dire que tous les logements ait fait l’objet d’une visite, montre combien était forte la volonté des mairies et des agents recenseurs à compter chaque habitant. Du recensement de certains quartiers où l’habitat informel évolue quasiment au jour le jour à celui des personnes résidant sur des bateaux, les acteurs communaux ont toqué à toutes les portes.

À Koungou

Et après ?

Le travail des communes est maintenant terminé. C’est aux statisticiens de prendre le relais. Tout d’abord les documents seront contrôlés en bureau et pour certains logements sur le terrain par les agents et enquêteurs de l’Insee. Ce travail classique, réalisé après chaque recensement partout en France, est une prérogative de l’Insee de par la loi. Il vise à s’assurer de la cohérence et de l’exhaustivité de la collecte terrain : nombre de bulletins individuels comptés, caractérisation du logement, etc.

Ensuite, il faut compléter les bulletins remplis sur papier ou internet en y ajoutant les personnes recensées par les enquêtrices de l’Insee dans les « communautés ». Cela concerne par exemple les résidents permanents des gendarmeries, internats, prison, centre de rétention administrative, les militaires (et notamment le régiment du service militaire adapté de Mayotte). Ce décompte viendra s’ajouter aux populations des communes.

De ces opérations complémentaires résultera un état comparatif entre le décompte de la commune et ce que l’Insee retient après les contrôles et complétions de champ. Cet état comparatif sera transmis aux maires en avril.

Enfin, plus technique, mais indispensable, l’opération de traitement de la non-réponse est un passage classique et obligé après chaque recensement. Les logements non-enquêtés feront l’objet d’une imputation pour estimer le nombre de personnes résidentes. Pour plus de la moitié de ces logements, l’agent recenseur a pu renseigner, à partir d’information du voisinage, le nombre d’occupants ; cette information sera prise en compte. Pour les autres, une procédure classique d’imputation sera réalisée, visant à reproduire pour ces logements la même distribution de nombre moyen d’occupants par logement.

Une fois ces opérations terminées, l’Insee sera en mesure de produire un chiffre provisoire à l’été et un chiffre consolidé par décret avant la fin de l’année 2026, comme pour les autres communes de France. Cela répondra à la demande du Gouvernement et des élus de disposer d’un recensement « général et précis ». Au vu des comptages remontés par les communes et de ceux effectués par l’Insee, il se confirme d’ores et déjà que le chiffre de 500 000 habitants pour Mayotte, parfois évoqué, n’est pas réaliste.

Au-delà du décompte de la population, le recensement permettra de mettre à jour le portrait de la population mahoraise : la part des jeunes, des personnes étrangères, des personnes vivant dans des logements en tôle ou n’ayant pas accès à l’eau courante seront par exemple connues et mises à disposition de tous pour que les besoins de la population mahoraise puissent être servis au mieux.

Pour en savoir plus

Crédits photos : ©Véronique Gambey ©Bertrand Kauffmann 

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