Hausse des prix de l’essence : les ménages français l’ont anticipée

Hausse des prix de l’essence : les ménages français l’ont anticipée

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont déclenché une opération militaire contre l’Iran, bombardant plusieurs sites stratégiques. En représailles, l’Iran a frappé les pays du Golfe et bloqué le détroit d’Ormuz par lequel transite environ 1/5e du gaz et pétrole mondial. Les conséquences sur les prix du pétrole ont été immédiates : le cours du baril de brut a bondi de 71 $ le 26 février à plus de 112 $ le 20 mars. Cette flambée s’est transmise rapidement au prix des carburants, d’autant plus que les raffineries du Moyen-Orient se trouvaient également à l’arrêt.

Face à un choc de cette ampleur, les données conjoncturelles publiées à fréquence mensuelle, qui suffisent largement en temps normal pour décrypter la conjoncture, ne permettent pas de suivre finement les réactions des acteurs économiques. La mobilisation des données à haute fréquence comble cette lacune. Quelques exemples de données disponibles à l’Insee démontrent leur intérêt dans la situation actuelle, où les prix de l’énergie augmentent brutalement. Les données quotidiennes de prix à la pompe dévoilent une hausse continue durant le mois de mars 2026 : la hausse mensuelle moyenne de l’ordre de 17 % masque une hausse plus faible en début de mois et de près de 25 % en fin de mois. Dans l’enquête de conjoncture collectée en continu entre le 24 février et le 18 mars, les réponses sur les perspectives d’inflation et de niveau de vie en France ont brutalement changé à partir du 1er mars, mais cela se voit moins sur la moyenne de l’ensemble du mois. Par ailleurs, par anticipation de la hausse, les ménages se sont précipités à la pompe, en particulier les 2 et 3 mars, avant que les prix ne s’envolent : la hausse de consommation de produits pétroliers du mois de mars ne mettra que partiellement en lumière combien ce phénomène a été concentré dans le temps.


Le déclenchement le 28 février 2026 de la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran a provoqué une flambée des cours des hydrocarbures, en raison de l’arrêt du trafic dans le détroit d’Ormuz par lequel transite un cinquième du pétrole et du gaz mondial (figure 1) [Insee, 2026]. Habituellement, les publications conjoncturelles de l’Insee sont publiées à un rythme mensuel ou trimestriel, une fréquence qui permet de rapidement suivre les évolutions tout en gommant les variations quotidiennes. Mais lorsque les chocs sont de grande ampleur il est utile de mobiliser les données à plus haute fréquence disponibles à l’Insee : cela avait notamment été le cas durant la crise sanitaire ou plus récemment lors du choc inflationniste née de la guerre en Ukraine [Boittelle et al., 2025, et Point de conjoncture, juin 2020].

Par exemple, la hausse du prix du Brent s’est transmise progressivement aux prix à la pompe (figure 2). La hausse « moyenne » d’environ 17 % sur le mois de mars intégrée dans l’indice des prix masque des évolutions plus marquées encore au cours du mois : fin mars la hausse par rapport à fin février est plutôt de l’ordre de 25 %.

Figure 1 – Cours du pétrole

Figure 2 – Prix moyens TTF du carburant en France

Comment les ménages ont-ils perçu cette hausse de prix ? Les données disponibles à l’Insee illustrent la très grande réactivité avec laquelle les ménages ont réagi à cette nouvelle. L’enquête de conjoncture auprès des ménages interroge chaque mois par téléphone environ 2 000 ménages sur leur situation financière, la situation économique générale, l’évolution passée et à venir des prix ou les craintes sur le chômage. L’Insee calcule pour chaque item un solde de réponses correspondant à la différence entre la part de réponses positive ou à la hausse et la part de réponse négative ou à la baisse. Un indicateur synthétique appelé « confiance des ménages » est également calculé à partir des soldes principaux.

L’enquête de mars a été collectée entre le 24 février et le 18 mars 2026 : 57 % des réponses ont été collectées après le début de la guerre au Moyen-Orient (soit après le 28 février 2026) et 43 % avant. Une question porte sur les perspectives d’inflation :

Par rapport aux douze derniers mois, quelle sera à votre avis l’évolution des prix au cours des douze prochains mois ?
• la hausse va être plus rapide (+)
• la hausse va se poursuivre au même rythme
• la hausse va être moins rapide (-)
• les prix vont rester stationnaires (-)
• les prix vont diminuer (-)

Le solde est construit par différence entre la part des ménages qui déclarent que la hausse va être plus rapide et ceux qui déclarent l’une des 3 dernières modalités.

Sur l’ensemble du mois, le solde sur les perspectives d’inflation bondit de 28 points en données corrigées des variations saisonnières et de 30 points en données brutes [Albouy, 2026]. L’analyse des réponses selon la date de collecte est instructive (figure 3) : jusqu’au 28 février, le solde était certes en hausse d’environ 8 points (à – 23), mais à partir du 1er mars, les réponses des ménages changent radicalement. Le solde collecté à partir du 1er mars est ainsi de + 20, en hausse d’environ 40 points par rapport aux réponses de la fin février. Concrètement, cela signifie qu’environ 40 % des ménages ont changé d’appréciation quant à l’évolution future des prix en France passé le 1er mars. Une question quantitative est également posée aux ménages : il leur est demandé quel taux d’inflation ils anticipent pour les 12 prochains mois. Les réponses sont habituellement élevées, les ménages surestimant toujours l’inflation, mais l’évolution est là aussi notable. L’anticipation médiane était de 3 % en février et c’était toujours le cas pour les réponses collectées entre le 24 et le 28 février. En revanche, l’anticipation grimpe à 5 %, soit deux points de plus, pour les réponses reçues à partir du 1er mars.

Une autre question porte sur le niveau de vie futur en France :

À votre avis, au cours des douze prochains mois, le niveau de vie en France, dans l’ensemble va …
• nettement s’améliorer (+)
• s’améliorer un peu (+
)
• rester stationnaire
• se dégrader un peu (-)
• nettement se dégrader (-)

Le solde est construit comme la différence entre les deux premières modalités et les deux dernières.

Sur l’ensemble du mois, le solde sur le niveau de vie futur en France perd 7 points en données corrigées des variations saisonnières et de 9 points en données brutes. Là aussi, les réponses varient selon la date de collecte : jusqu’au 28 février, le solde était quasi stable (à – 55) mais à partir du 1er mars, il dégringole d’environ 14 points.

Figure 3 – Évolution du solde sur les perspectives d’inflation et le niveau de vie futur en France en mars 2026 selon le jour de la collecte

Les données à haute fréquence de consommation (données de cartes bancaires et données de caisse) mettent également en lumière la vitesse de réaction des ménages plus finement que les données mensuelles. D’après les paiements par cartes bancaires CB, les Français se sont précipités à la pompe le lundi 2 mars et mardi 3 mars : plus de 6 millions d’opérations CB ont été enregistrées, soit environ deux fois plus qu’un jour de semaine habituel (figure 4). Ces jours-là les prix moyens de l’essence n’avaient en effet pas encore incorporé la hausse du prix du Brent : les ménages ont donc pu vouloir devancer la hausse, qu’ils jugeaient inéluctable. Une autre explication est que les ménages ont pu chercher à éviter une éventuelle pénurie. Dans tous les cas, les ménages ont réagi très rapidement aux évènements survenus au Moyen-Orient, mais la moyenne mensuelle qui sortira vraisemblablement en légère hausse ne rendra que partiellement compte de ce phénomène ponctuel, concentré sur le début du mois.

Figure 4 – Nombre de paiements en CB dans les stations-services en France (demandes d’autorisations de paiement)

En revanche, cette ruée s’est limitée aux carburants : les données de caisse reçues par l’Insee chaque jour et issues des ventes dans la grande distribution [Delta et al., 2023] ne permettent pas de déceler un comportement de stockage particulier sur les produits de consommation courante début mars 2026.

Pour en savoir plus

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